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Création des canaux pour l’accès des groupes vulnérables et la participation communautaire aux Services de Santé de Base des quartiers périphériques de Nouakchott

19 juin 2015

Création des canaux pour l’accès des groupes vulnérables et la participation communautaire aux Services de Santé de Base des quartiers périphériques de Nouakchott

Le maintien du système de santé mauritanien repose sur le recouvrement des coûts, c.à.d. que l’usager doit payer pour chaque acte médical ou pour les soins qu’il reçoit dans le centre de santé au moment même où il en bénéficie. Même si l’on ne dispose pas de données de taux de pauvreté désagrégées par Quartier, on sait que 42% de la population mauritanienne est considérée pauvre selon le Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) de la Mauritanie 2011-2015. Cela provoque entre autres problèmes une barrière d’ordre économique pour accéder aux services de santé pour les personnes sans ressources. D’autre part, le profil socioéconomique des Quartiers est bas puisque ce sont à l’origine des quartiers qui ont surgi de l’émigration résultante du processus d’urbanisation rapide qui a eu lieu en Mauritanie lors du dernier quart du siècle passé. En conséquence, une partie de la population des Quartiers, en particulier la plus vulnérable, se retrouve en dehors du système de santé formel, devant ainsi recourir à des mécanismes d’adaptation basés sur les liens familiaux ou de voisinage afin de pouvoir recevoir des prestations de santé, ou sinon ne reçoit pas de traitement. En résumé, le système actuel promeut une double iniquité perverse en faisant que ce soient ceux qui en ont le plus besoin qui aient le plus de difficulté à y accéder.

Pour faire face à cette situation le système mauritanien prévoit en lui-même un mécanisme d’adaptation qui est l’instauration des fonds appelés « fonds pour les indigents ». Théoriquement, ces fonds devraient se constituer dans chaque centre de santé, en y dédiant une partie du budget du centre, et être gérés par les Comités de Gestion (dorénavant, les COGES), comités qui présenteraient l’avantage d’être formés à la fois par du personnel de santé et des membres de la communauté. Ces Comités seraient ainsi responsables d’administrer les fonds pour assurer les services aux personnes sans ressources. Cependant la réalité des Quartiers est telle qu’à ce jour, ce système n’est pas mis en place, et que la prise en charge sanitaire des personnes démunies repose sur les initiatives ponctuelles d’ordre caritatif de la société civile ou religieuse.

Une partie des problèmes qui ont empêché la mise en place de ces fonds sont :

  • Un manque de capacité de gestion des centres de santé. En ce sens, il faut tenir compte du fait que les fonds naissent du budget propre au centre : ils ne proviennent pas d’une ligne supplémentaire financée par le Gouvernement mauritanien, mais bien d’une redistribution de l’argent que les centres perçoivent du paiement des consultations et de la vente des médicaments. Une gestion adéquate des centres, tant économique qu’organisationnelle, est ainsi indispensable à la constitution de ces fonds.
  • Une organisation défaillante des centres. Les fonds doivent être gérés par les COGES, or, dans la majorité des centres des Quartiers, ces comités n’existent pas ou ne sont pas opérationnels.
  • Un manque de participation communautaire dans les centres. C’est lié au problème précédent. Les COGES doivent être formés dans sa majorité par des membres de la communauté ; sans participation communautaire ces Comités ne peuvent se former, et si participation communautaire il y a mais sans être effective, ces Comités ne sont pas fonctionnels.
  • Le peu de prise en considération de la problématique des personnes démunies par les autorités locales et la société civile. Malgré de nombreuses études qui la mettent en évidence (comme celle de Santé et Pauvreté, MSAS/BM 2004), et le fait que le système a des mécanismes d’adaptation prévus, les autorités locales ne prévoient aucune mesure dans leur agenda, et la société civile n’a pas la force requise, ni organisationnelle ni technique, pour générer la mobilisation et le plaidoyer nécessaires afin de prendre en considération cette problématique.
  • C’est dans ce contexte que Medicos Del Mundo (MDM) a signé un partenariat avec SOS Pairs-Educateurs dans l’optique de retourner cette situation et générer un mécanisme qui garantisse l’accès des personnes démunies au système de santé des Quartiers, grâce à l’instauration de ces fonds dans les centres de santés cibles de l’intervention. En ce sens, il est prévu de travailler :
  • Au niveau de la gestion : élaboration et maîtrise des budgets, développement de l’organisation des centres ;
  • Au niveau de l’organisation : constitution des COGES, établissement des critères d’admission, établissement des liens entre le milieu institutionnel et le milieu communautaire pour qu’ils puissent se référencer les cas ;
  • Au niveau politique : générer un débat au sein des autorités locales, et en particulier dans les mairies, sur la prise en charge de ces personnes ;
  • Au niveau social : agir par rapport au manque de prise en considération de cette problématique, en dehors des centres de santé, par le biais du renforcement de la capacité de plaidoyer des réseaux d’ONG constitués dans les Quartiers, et du développement d’espaces de concertation déjà mis en place dans des programmes antérieurs, telle que la Table Régionale de Protection de l’Enfance (TRPE) pour les enfants en situation de vulnérabilité.
  • Un premier groupe de population vulnérable constitué des mères et nouveau-né(e)s, des personnes sans ressources et de l’enfance, qui ne seraient pas seulement des simples bénéficiaires des services mais avec qui on pourra travailler des activités de prévention et de prendre eux même soin de leur santé.
  • Un deuxième groupe constitué du personnel des centres et postes de santé, des COGES et de la Société Civile des Quartiers, de qui on attend un rôle actif dans les actions de cette proposition pour « prendre soin » de la santé des quartiers : des professionnels, la prestation de services de qualité, des COGES, l’incorporation d’une gestion participative dans les centres plus focalisée sur les personnes, et des réseaux d’ONG, un rôle actif dans le plaidoyer sur le Droit à la Santé et dans la prévention et la mobilisation communautaire autour de la santé.

L’objectif général de l’intervention présente est d’améliorer la santé primaire dans les quartiers périphériques de Nouakchott -Sebkha, Arafat, El Mina et Teyaret. L’intervention se focalise sur les populations les plus vulnérables, l’établissement de liens entre les autorités locales prestataires de services et la société civile qui en est usagère, et le développement de la société civile des Quartiers en tant qu’acteur principal dans le développement d’une bonne santé.

Pour ce faire, l’intervention prétend remplir deux objectifs spécifiques :

  • Obtenir un système de santé efficace quant à la prise en charge des populations les plus vulnérables et en plus grand risque sanitaire. Cet objectif implique l’élimination des barrières économiques dans l’accès aux services des populations démunies, la résolution des lacunes de prise en charge clés dans la prestation des services, en se focalisant sur la prise en charge du binôme mère et enfants.
  • Obtenir un système de santé participatif, qui permette aussi bien une appropriation des services de santé par les communautés usagères, qu’une mobilisation communautaire effective autour de la santé au sens large. Ce qui implique de travailler tant au sein même de ces services, pour résoudre les problèmes de participation des communautés usagères dans leur gestion, vu l’absence de mécanismes de cogestion, que, en dehors de ces services, avec la société civile, afin d’avoir une incidence sur d’autres déterminants de santé, au-delà du simple accès aux services formels.

Résultats du projet

Résultat 1. Mécanismes et services instaurés dans les centres de santé des quartiers, qui garantissent un accès équitable pour la population la plus vulnérable, d’un point de vue sanitaire et socioéconomique.

Résultat 2. Systèmes de qualité et de gestion participative mis en place dans les centres de santé, qui garantissent la participation communautaire et l’amélioration de la prise en charge.

Résultat 3. Compétences techniques sanitaires et organisationnelles des réseaux d’ONG locales dans les Quartiers renforcées.

  • Date du début : Mars 2014
  • Date de la fin : Mars 2016
  • Cout du projet : 26631856
  • Bailleur de fonds : Union Européenne
  • Participation de SOS PE : 10%